Maralya ou une vie gachée

Elle porte un nom relativement hors du commun. Née et ayant grandi dans un trou perdu, elle n’a rencontré que 3 autres personnes portant un prénom plus ou moins rapproché du sien. Mais pour ce qui est du patronyme, ça se retrouve à tous les coins de rues. Maralya Jean. Eh oui! Banal! Banal au point d’être insultant.

En plein là trentaine, elle brûle d’une rage trop longtemps contenue. Cela fait déjà 6 nuits qu’elle pleure sans arrêt. Chaque nuit, entre les quatres murs de cette chambre qu’elle va devoir laisser, dans le silence complice d’un oreiller à défaut d’une oreille. La vie lui a bien appris à pleurer en silence et ce fort tôt! Mais là, elle est colère! Ses larmes vont beaucoup plus loin que sa peine.

Elle est en colère…

… Contre sa mère pour s’être fait engrossée par un idiot qu’elle a en plus eu l’audace d’épouser fort tard par pure “religioserité”.
… Contre elle-même pour s’être laissée embobinée quasiment de la même manière par des moins-que-rien.
… Contre son travail lui rapportant plus d’angoisses que de bien-être. N’étant pas des adeptes du commerce de chair et en plus ayant eu la malchance de tomber sur des omnivores, Maralya n’a pu “percer” comme on dit, ni faire usage de son plein potentiel. Elle se retrouve donc coincée dans un entre-monde, une brèche entre pauvreté et décence.
… Contre les professeurs faisant du bourrage de crâne, répetant à tue-tête que les diplômes sont la clef du succès… le succès! Mais quel succès!
… Contre cette proprietaire faisant des exigences absurdes, la poussant à nouveau à des choix improbables.
… Contre ces amants, plus destructeurs les uns que les autres et à qui elle s’est donnée aveuglément dans sa quête d’une raison d’être, sa quête d’une acceptation inconditionnelle… quel gachis!
… Contre les circonstances l’ayant placée là, dans ce tier monde putride, ne demandant qu’à crouler sous le poids des violences journalières. Ces circonstances la limitant, lui voilant la face, sappant ce qui lui reste de jeunesse à grands coups de pompe, chaque année disparaissant avant même d’avoir commencé…
… Contre ces politiciens verreux, pourris jusqu’à la moelle, n’entendant que leurs propres echos et s’arrachant les sous d’une population encore plus ignoble qu’affamée…

Elle est en colère…

Assise sur son lit par cette chaleur torride malgré l’heure fortement tardive, elle laisse son esprit vagabonder et ses larmes couler, sinon elle risque fort de s’étouffer. Elle n’a pas d’amis à qui conter ses peines. Les quelques connaissances qu’elle ose hisser au haut de ce mat ont mieux à faire que de s’embarrasser avec les balivernes de son existence si peu attrayante, si peu “à la mode”. Faisant partie de cette engeance anti-sociale comme on dit, elle n’a que plume et papier pour la retenir sur les rives de la raison… Plume et papier pour hurler sa peine, sa rage, ses angoisses, ses peurs. Plume et papier… et la nuit! Oui la nuit! Car le jour, il lui faut bien jouer son rôle, sourire, rire même et prétendre être l’image de l’insouciance et du parfait contrôle de soi…

Quelle hypocrisie que cette vie! Mais elle doit bien s’y faire! S’adapter à son rôle, jouer sa partition et… attendre la fin! N’est-ce pas ce qui est inscrit dans le script de chaque être assez bête pour paraitre sur terre et encore plus bête pour naitre, grandir et rester dans ce coin de monde…

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