Au revoir

– Je voudrais que mes enfants réussissent là où j’ai échoué…
– C’est à dire…?
– Qu’ils réussissent dans tout!.
– En quoi penses tu avoir échoué

Silence

Et après tu me demanderas pourquoi je me tais, pourquoi je préfère me murer et prétendre que tu m’es indifférent, pourquoi je ne pose plus de questions, pourquoi je reste constamment dans les nuages, pourquoi mon regard est embué

J’ai quelques fois l’impression de n’être qu’un jouet; un jouet qui semble demander d’être contrôlé, maintenu sur le qui-vive pour ne point échapper à ton emprise; un jouet qui, s’il ose pour une fraction de seconde se prendre pour autre chose, mérite d’être châtié et remis a sa bonne place en l’ignorant tout bonnement. Tu lui ouvres une brèche et lui, pauvre jouet sans valeur se croyant enfin digne d’un autre titre, y plonge tête baissée pour que tu aies la satisfaction encore une fois de lui claquer au visage la porte des limites imposées tout en lui chantant sur tous les tons combien il est « important » et à quel point il a la « priorité ». Je finirai bien par apprendre clairement la leçon et aller de l’avant enfin convaincue que jamais je ne serai de ceux et encore moins de celles connaissant tes secrets, tes angoisses, tes escapades…

Je ne semble plus mériter “ta profondeur”. Tu t’es trouvé autre point d’attraction, autre ouverture pour ta passion, donc tu ne me réserves que les moments creux du jour-le-jour, des habitudes non-nécessaires, de ces choses relayées au grade de passe-temps pour justement faire passer le temps sans engagement particulier.

Je ne m’attends presque plus a rien et me mords les doigts à chaque fois que je me permets un écart puisque, admettons le, il semblerait que nous n’ayons jamais vu les choses de la même façon.

– Donc… Tu as peur d’avoir des enfants?
– Ce n’est pas juste une affaire d’avoir peur … J’ai été traumatisée…?

Je porte la marque de la perte, de la douleur, du rejet…

Je porte les insultes d’un père; celles de celui que j’avais cru un ami; celles d’un amant trompeur et dominateur menant pourtant sa vie; celles d’un être avec qui j’aurais pu “donner” vie, mais qui a préféré me rejeter trop encré sur sa personne… si concentré sur sa personne qu’il m’en a fait porter seule la lourde charge.

Je porte la marque d’un amour déçu, un amour vaincu, un amour non partagé, un amour que j’ai du laisser partir, un amour que je cherche depuis bientôt 5 mois, un amour qui se refuse à m’approcher parce que ma faiblesse l’avait repoussé. Je porte la marque de mon échec et j’ai peur que cet amour ne veuille plus de moi, que cet amour ne me juge indigne de me gratifier d’une seconde chance.

Je porte la marque de mon coeur brisé par ton insouciance, par tes humiliations, par tes silences, par ton indifférence, par ton désir de n’assouvir que tes envies sans te rendre compte que je suis bien plus qu’un corps, bien plus qu’un réceptacle, bien plus qu’une porteuse.

Je porte en mon coeur la griffe de tes non-dits, la brulure de la découverte de tes interdits, la gifle toujours renouvelée de tes secrets inavoués pourtant exposés comme pour me défier de prendre une quelconque position sans me tourner en ridicule. Oui bien des fois je me suis posée la question. Je me suis demandée si vraiment je ne risquais de revivre ce cauchemar, si vraiment je ne misais pas trop haut, si vraiment je pourrais assumer…. Oui mes peurs me bloquent. Mes peurs autant que mes peines.

– Ecoute, je te disais donc que ce n’était pas qu’une affaire d’avoir peur d’avoir des enfants. J’en ai déjà perdu un, tu te rappelles? Cela a causé un traumatisme dont mon corps et mes émotions portent encore les séquelles
– …
– …???
– Je t’ai entendu. Tu es traumatisée, tu portes des séquelles. J’ai entendu.

Silence.

Je crois qu’un être peu changé, pas juste prétendre de prendre une bonne résolution pour se retenir de couler et continuer à flotter, mais réellement changer pour le meilleur de lui-même. Mais faudrait-il encore qu’il le veuille. Faudrait-il encore qu’il accepte de laisser sa zone de confort, qu’il accepte de laisser les idées reçues, qu’il accepte de grandir et de muer en une autre version de lui-même.

On SAIT quand quelque chose ne va pas. On SAIT quand on est dans le faux. On SAIT quand on se fait berner… Mais on ferme les yeux pour ne point avoir à se battre, pour ne point avoir à se blesser, pour ne point avoir à se justifier, pour ne point avoir à se faire humilier… Mais on SAIT, encore et toujours, même quand on garde silence. On SAIT. Il suffit juste d’ouvrir les yeux et de prêter attention à ce qui ne se dit pas et le message s’y trouvera.

Je suis au bout du rouleau. Je suis à la dernière ligne droite. Je ne te dis pas non-sincère, je ne dis pas ton amour faux. Je dis simplement que moi j’en ai assez de me battre, assez de me sentir inutile, assez de me d’être relayée dans un coin, assez d’être toujours disponible mais ne rencontrant que le vide, assez de surprendre ces regards furtifs disant longs, mais que je prétends ne point voir afin de ne pas saper le peu de paix intérieur qui me reste, assez de ces gestes anodins dans mon dos pour mieux maintenir les apparences, assez de ces mots à triple sens, de ces sourires en coin. Je suis à ma limite. Je ne tenterai plus rien. Je ne cacherai même plus mon désarroi ou mon dégout de certains aspects. Je ne laisserai pourtant pas mon coeur s’endurcir. Non! Personne n’aura la satisfaction de me dénaturer.

Tu as toujours quelque chose à cacher. Tu auras toujours quelque chose à cacher. Tu as fait choix de toujours maintenir une vie cachée. Moi, je ne suis que fatiguée. De tout cœur, je souhaite vraiment que le jour de ton réveil te soit bénéfique. De tout cœur je souhaite que cette réputation a laquelle tu tiens si fort saura bien te tenir compagnie. Moi, je ne fais que compter les jours, les heures, les silences qui en disent long, les malentendus et les compromis.

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Un silence qui tue

J’ai les doigts sur le clavier… Rien! Pas un mot. Rien. Juste le vide et ce sentiment d’être totalement perdue, sans recours, sans voix… J’ai l’impression de m’être perdue sans trop savoir vraiment comment. De nombreux événements me viennent en tête, mais aucun ne peut vraiment justifier ce trou que je constate.

Je le regarde du coin de l’œil. Qu’ai-je bien pu lui trouver ?! Dire « rien » serait mensonge. Ce n’était guère une affaire de beauté, de style ou d’avoirs, mais plutôt de personnalité, de cœur, d’humanité cachée… Du moins, c’est ce que je me suis laissée croire. Peut-être avais-je quelques problèmes visuels en fin de compte. Mes repères étaient sans doute faussés à force d’avoir trop côtoyé de spécimens à problèmes, en partant de ce géniteur qui n’avait de « père » que le nom pour arriver à ce phénomène trompeur m’ayant ensorcelée par sa réserve pour aboutir à… ça! Cet être particulier sur qui j’ai misé mes dernières années, mes dernières espérances.

Je le regarde et vois oh combien de larmes versées et de mensonges tissés, empêtrés, enroulés, mélangés au point de devenir sa propre réalité. Je le regarde… Lui? Il ne me voit pas, trop entortillé dans ses pensées et ses fantasmes, trop embrouillé dans ses tours de passe-passe, dans ses cachoteries à même la peau. Je détourne le regard et me perds dans le paysage, les doigts posés sur ce clavier, le cœur lourd de trop penser.

– Chérie…
– Hm…?
– Tu boudes.
– Hm… !
– Qu’est-ce qui ne va pas ?

Silence…

Comment te dire? Mais qu’est-ce qui ne va pas ? Vraiment?! Que sais-je ? Voyons un peu ce qui ne va pas. Ces appels inconnus que je fais semblant d’ignorer. Ces surnoms que je croyais précieux, mais qui sont en fin de compte de la rubrique de l’ordinaire. Mon nom qui devient mot de passe pour signifier un empêchement à tes batifolages. Quoi? Tu ne me croyais tout de même pas assez sotte pour ne pas m’en rendre compte! Quand même!

J’ai un goût amer à la gorge, ce même goût qui remonte à chaque souvenir, à chaque impair, à chaque impasse. J’ai un goût amer au cœur, ou devrais-je dire une brûlure pure et simple qui me tenaille, comme un déchirement dans mon sein. J’ai tellement envie de te faire mal, de t’arracher ces mots qui me libèreraient, oui ces aveux retenus qui m’étouffent…

– Chérie…
– Hm…?
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Rien…

Que voudrais-tu que je te dise au fait? Sérieusement! Que pourrais-je dire que déjà tu ne saches? Soyons honnêtes pour une fois, juste une toute petite fois! Si bien sûr cela figure dans tes capacités. Je peux tout accepter, pourvu que je sache. C’est tout. Savoir à quoi m’en tenir, savoir ce qui est en jeu, savoir qu’au moins en cela j’aurai été différente, savoir que tu peux te dire en ma présence sans craindre mes critiques puisque simplement je SAIS. Mais c’est trop demandé n’est-ce pas? Quel en serait le sens si déjà je savais? Quel en serait le sens si ton interdit était ouvertement permis? Quel en serait le sens n’est ce pas? C’est bien là le problème. Cette pulsion, ce désir de l’incorrect, cette attirance pour la luxure, pour la double vie… c’est bien cela qui t’attire. Menteur et joueur! Tu le dis ouvertement de toi-même, comme une excuse, comme une identité que tu assumes, comme une carte de visite que tu m’imposes. Menteur et joueur. Comme une bande-annonce, un prétexte de plus pour me signifier que je savais dans quoi je m’embarquais. Menteur et joueur. Mais arrêtons là les prétextes hein! J’ai été assez naïve pour toute une vie.

– Chérie…
– Quoi ?
– T’es lointaine et tu m’ignores.
– Je ne t’ignore pas. Je réfléchis. C’est tout.
– Ok… A quoi ?
– Beaucoup de choses…
– Tu réfléchis à quoi ?
– T’as vraiment pas envie de savoir.

Et si je te disais vraiment, mais vraiment, pour de vrai, concrètement ce qui me passait en tête? Et si je te disais que je brûle d’envie de te dire « merde », de te faire mal, de te lancer toutes tes balivernes au visage, de t’engueuler pour ne pas être assez homme pour même pouvoir m’accorder l’unique chose que je te demande: un minimum de respect pour « savoir », savoir de toi. Je ne peux t’interdire tes frasques. J’ai fait la paix avec cette blessure. J’ai atteint la conclusion que tes gènes, ton ADN, ton code chromosomique, tout ce qui fait de toi un humain semble ne pouvoir se passer de cette saleté. Que dis-je! Pardonne le terme. « Habitude » serait plus approprié n’est ce pas? Ce n’est pas moi le problème. Des mois de larmes m’ont conduite à cette conclusion. Ce n’est pas moi le problème. C’est plutôt ton manque de retenu, ta tendance à vérifier ton charisme séducteur, ton penchant pour le malsain, pour la débauche. C’est ça le problème. Ce n’est pas moi ! Je ne t’en blâme presque plus. Bien que je continue de croire que tu aurais pu si t’avais voulu… tu aurais pu si ce semblant d’avenir commun t’était aussi important que tu le prétends.

– Chérie…
– Qu’y-a-t-il?
– Ce serait à moi de te le demander
– Ah bon?
– Sérieusement, parle-moi. Qu’as-tu?

Me forcer au silence est une mort à petits feux. Mais qu’y faire. Te parler ou me taire, c’est bien le même résultat. Tu ne diras mot, ou tu en diras juste assez pour me mettre le sang en feu par les non-dits, les mots nuancés, les propos à sens multiples… Alors autant se taire. Mais cela te dérange quand je me tais. Cela t’embête, te dérange, te démange de ne savoir en vrai mes découvertes, mes pressentiments confirmés, mes doutes affirmés … que tu vas d’ailleurs nier avant même que je ne les énonce.

Ce que j’ai?… Ce que j’ai… Mais rien justement. J’ai les mains vides d’espoirs déçus, de rêves gâchés, de patience non récompensée, d’injures déguisées. Tu prétends si bien… Tu mens si bien… Cela se comprend clairement que je sois tombée dans ce piège. Et Dieu seul sait ce qui aurait pu se passer si ce fameux jour… Mais que dis-je! Suis-je bête? Qu’est ce qui me dit que ta double vie ne bat pas son plein encore plus intensément qu’avant? Qu’est-ce qui me permet de croire qu’un expert de ton envergure se laisserait intimider par une puritaine de mon genre! Que je te dise ce qui ne va pas! Tu le demandes? Non! Tu l’exiges! Car tu ne peux concevoir ne pas avoir le contrôle de tout! Comme si tes escapades ne te suffisaient pas, il te faut aussi avoir à ton actif une ingénue que tes conquêtes peuvent tourner en ridicule durant vos ébats. Que j’ai été bête… Je saigne d’une plaie non-ouverte, une plaie que je ravive à chaque fois que je me permets de faire montre d’un semblant de vulnérabilité…

– Chérie…
– Hm…?
– Je n’aime pas quand t’es comme ca.
– Désolée!
– Mon amour…
– Hm…?
– Tu sais que tu me manques n’est ce pas?
– A moi aussi…

Oui, je me manque à moi aussi. Cette joie de vivre, ce rire spontané, ces petites boules de joies soudaines… Cela me manque aussi. Mais pas pour trop longtemps… plus pour trop longtemps. Je vais apprendre à me faire de ce silence. Oui! Vais en faire un allié, un partenaire plutôt qu’un ennemi. Oui, ce silence que tu m’as poussé à m’imposer, il sera mon amant, mon confident, mon guide. Je te tromperai avec lui. Il me connaitra bien plus que toi. Il ira dans des profondeurs de mon être dont l’accès te sera désormais refusé.

Dans ce cadre si habituel, pourtant si différent, je te regarde… Mais je ne te vois plus… La vie m’offre une porte de sortie. Je m’y jetterai! En larmes, en lambeaux, le cœur en sang, l’âme déchirée… Je m’y lancerai, car je sais que malgré tout, avec toi, sans toi, je survivrai. Mon identité ne se limite pas à tes parcelles de présence. Elle est dans ce qui a fait de moi ta proie parfaite. Ce choix, je le ferai, bon gré, mal gré, et de loin, je t’observerai, car ce sera alors ton tour de te tordre seul dans ton coin. J’espère qu’alors tes cumuls en vaudront la peine! Vois-tu, même au fond de ma peine, je sais me montrer humaine, même envers ton engeance. De loin, je pourrai peut-être te pardonner, mais en attendant ce jour, je dois quand même te remercier de m’avoir transformée, d’avoir contribué à métamorphoser la petite fleur fragile des champs en chêne magistral pouvant tenir tête aux ouragans. En cela, oui tu m’as été utile. Les larmes n’ont pas été veines.

Je te regarde… Et tout à coup, je souris. Nos regards se croisent et dans le tien, je lis des lendemains où mon angoisse se fera tienne… Je souris, tu frémis et alors, rien qu’alors, tu comprends l’étendue de cet amour s’étant mué en ce quelque chose ne s’apparentant même pas à la haine, mais tournant plutôt vers… de l’indifférence.

Point de non-retour

Quelque chose m’avait réveillée… Je sentais une lourdeur sur ma poitrine, comme un bloc de je-ne-sais-trop-quoi. J’étais allongée sur le dos, les pieds sur un oreiller, les bras au dessus de la tête, la poitrine en évidence. Ça faisait un mal de chien ! J’essayai de me retourner et il semblerait que je me sois endormie ou que j’aie perdu connaissance… Je ne sais… Mais je repris connaissance ou me réveillai (que sais-je) un peu après. Je me redressai avec beaucoup de peine. J’avais du mal à respirer. Une compression intense empêchait l’air de circuler librement. Je changeai de position, me glissai vers l’oreiller et me mis sur le coté gauche. Non, mais vraiment ça faisait mal ! C’était quoi ça ??? Etais-je en train de mourir ou quoi ? Seule ?! Vraiment ? Sans que personne ne le sache ? Une courte prière me vint à l’esprit et j’inspirai aussi profondément que me permettait le barrage emprisonnant mes poumons. Je me tournai sur le ventre. Mauvaise idée ! Non seulement je respirais mal, mais cette douleur au dos… On dirait presque que quelque chose me transperçait et me brûlait l’omoplate au passage.

Je gémis… Je me mis sur le coté droit… Aucun changement… Je m’assoupis un moment je crois, puis la douleur me réveilla à nouveau. J’essayai dans la mesure du possible de trouver une position relativement confortable pour supporter le reste de cette nuit troublante… A ce moment de faiblesse là, rien que pour un instant, j’aurais bien aimé être blottie dans les bras de ma mère, ou même de ma grand-mère… Mais me voir dans cet état, l’une et l’autre auraient pété les plombs. Je ne sais le nombre de fois que je m’endormis et me réveillai, toujours en proie à cette douleur étrange me faisant sentir qu’une part de moi se détachait… Au bout de ce qui me sembla une éternité, le réveil sonna. ENFIN ! Je pris le téléphone et envoyai un message à mon médecin… Je lui relatai ma nuit et comme pour faire écho à mes craintes, il exigea que je me rende sur le champ à la clinique. Ça allait bon train ! Mon médecin, faisant montre généralement d’un contrôle de fer, laissait passer des émotions… Ça fait peur ça.

Le plus dur maintenant, me lever, me préparer, ne pas paniquer et ne pas provoquer une émeute chez moi. Debout devant le miroir, je me tenais la tête, tremblante, le souffle court. Faut pas que je craque ! Faut pas que je craque ! Ca va aller ! Ca va aller ! Le plus dur est passé. Il fait maintenant jour. Il me faut juste retrouver le contrôle de moi même et prendre le dessus de cette chose. J’avais mal, j’avais peur, je grelottais, j’avais une folle envie de sangloter. Mes mains tremblaient, j’étais parcourue de frissons et mes jambes semblaient vouloir céder sous mon poids. NON ! Rien de tout ça ! Suis une guerrière ! J’ai l’âme d’un soldat ! Alors au pas ! Les ordres étaient clairs ! Me pointer à la clinique illico presto et ne rien dire pour ne pas créer la panique avant d’avoir connu le verdict réel sur le phénomène… Vu qu’il avait déjà emprise sur moi, autant faire de mon mieux pour garder les idées claires et m’épargner le tohubohu qui règnerait en cas d’annonce hâtive.

La douleur au dos continuait. Je ne pouvais bouger sans qu’elle ne me rappelle sa présence. Je m’installe dans la voiture avec peine, mais garde le sourire. Personne ne soupçonne l’intensité de mon angoisse. Parfait ! Je tiens bon et réprime autant que possible les grimaces de douleur. Je n’ai pas l’esprit aux plaisanteries, j’ai d’ailleurs perdu mon sens de l’humour sur le coup. J’ai le souffle court, mais bon ! Je tiens du mieux que je peux. Je n’allais tout de même pas me mettre à rechigner. Ce n’était pas mon genre.

Une fois sur place, sans même voir les autres malades, le médecin me fait passer en priorité en salle de consultation. Je lui pose la question à plusieurs reprises, mais il évite de me donner réponse directe… Ce qui n’est guère dans ses habitudes. Cela renforce donc ce qu’en mon fort intérieur je savais déjà. Roulement de tambour s’il vous plait … J’ai eu droit à une mini-crise cardiaque ! Si si si ! J’avais les signes classiques d’une mini-crise cardiaque, en témoigne cette douleur lancinante au dos qui ne se calmait pas. Provoquée par …? Qui sait ? La pression que j’endure depuis Septembre ? Ce trouble intense qui m’occupe l’esprit depuis Novembre ? Ce chamboulement intérieur depuis fin Janvier ? Cette angoisse latente depuis mi-février ? Ou serait-ce la mort d’un ami cher il y a deux semaines qui aurait contribué à faire pencher la balance et à jouer le rôle de la goutte d’eau ? Je ne sais et ne saurai probablement jamais. Toujours est-il que mon cœur lui, il m’a clairement dit qu’il était fatigué. Fatigué de se ronger les freins, de s’en faire, de se rompre les veines pour des insouciants qui, semble-t-il, se refusent à admettre l’ampleur du drame causé, l’esprit trop occupé par des faits plus… « bandants » ?

Les résultats des examens exigés me mettent face à un scenario auquel je ne m’attendais guère. Suis sous le choc ! Ok, je l’admets, j’ai été négligente et le stress, l’insomnie, mes nerfs à vif, mes pensées en ébullition, tout ça n’aidait pas, mais de là à en arriver là… « Agis en adulte et reprends toi ! »… Temps mort ! Freins redressés en urgence… Silence… Suis abasourdie… J’ai les oreilles qui bourdonnent soudain… Excuse moi ? Je crois avoir mal entendu ! « Agis en adulte et reprends toi ! »… He ben… Je ne m’attendais pas à celle là ! Quel toupet ! Quelle audace ! Quel manque d’égard et de considération. « Agis en adulte et reprends toi ! »… ??? Ha bon ? D’accord alors! J’agirai donc en adulte et me reprendrai en main en commençant par rompre certains liens, par mettre un terme à certaines insultes que je permettais, certains écarts qui me crevaient, mais que je me forçais à ne pas pointer et à passer sous silence par égard pour… Mais pourquoi vraiment ??? Je n’arrivais même plus à répondre.

« Agis en adulte et reprends toi ! »… Un frémissement me déchira l’échine. Merci du conseil ! Ce sera fait dorénavant ! Je vivais une illusion et étais bien la seule à blâmer. Nul besoin de me voiler la face ou de jouer avec les mots. J’ai accepté tant et tant de choses qu’évidemment un petit écart de plus ne saurait déranger. Et comment ! Je me suis laissée couvrir de ridicule dans tant de situations qu’une de plus, une petite remarque de rien du tout… Qu’était-ce face aux tromperies, aux cachoteries, aux appels voilés, aux photos cachées, aux messages codés ! « Agis en adulte et reprends toi ! » En effet, je n’agissais pas en adulte en me laissant ainsi trainer par le bout du nez ! Il me fallait bien cette crise cardiaque pour me faire prendre conscience de l’ampleur du drame. Les brûlures ressenties en Septembre n’étaient que des signaux d’alarmes ; les palpitations de Novembre des panneaux indicateurs ; les picotements de Février, l’ultime drapeau marquant le point de non de retour. Et me voilà face au fait accompli ! Une crise cardiaque, couronnée d’une remarque pleine de désinvolture, comme si les pensées noires me tenaillant ne trouvaient leur origine que dans mon imagination un peu trop fertile, dans ma sensibilité ridicule de femme.

Non, je ne me concentre pas que sur le coté noir des choses. Non, je n’oublie rien des efforts consentis, ni des gestes posés. Mais cela n’efface en rien les marques portées, ni cette expérience à laquelle j’aurais préféré ne point gouter. Je ne suis pas de ces femmes qui aiment à jouer les martyrs. Je ne suis pas de ces femmes tentant tout rien que pour un sourire. Mais il est vrai que tu as du me confondre avec elles de part mon apparente soumission et ma passivité. N’ayant guère sentie le besoin d’être agressive, je t’ai sans doute donné une image fausse de celle que je suis, celle que j’ai toujours été, en tout temps et face à tous. Je me suis en effet sous estimée, te portant toi aussi à le faire. En cela, je suis tout autant fautive que toi.

« Agis en adulte et reprends toi ! »… Ainsi soit-il ! Ainsi en sera-t-il donc ! J’agirai donc en adulte et me reprendrai en main ! Ne t’en inquiète guère ! Je te rendrai fier ! A chacun ses priorités ! Alors moi, je redeviens la mienne !

Combat à mains nues

A nouveau sur le ring! Eh oui! J’ai la peau dure! Plus tu frappes, plus elle durcit cette peau. Je te fais face sur le ring. Poings levés, jambes écartées, l’œil vif.

Faut dire que j’ai gagné en expérience au métier. Qui l’eut cru! Le match n’est qu’à ses débuts et j’entrevois déjà toutes les issus possibles. Mais non! Ne t’inquiète guère. Je ne serai pas de ces adversaires pleurnichards que l’on retrouve assommés, démontés, déboussolés après un match. J’ai de la poigne, j’ai du chien! Je prends mon temps, j’encaisse bien plus que ne l’exige la mesure, mais les rebondis sont d’envergure! Tu ne les vois pas venir. Tu t’embourbes toi-même sans effort de ma part, tentant d’esquiver les feintes, sans trop prêter attention aux côtes exposées, aux coups qui s’amènent.

J’apprends vite, tu sais. Je m’adapte tout aussi vite. Et le meilleur de tout cela? Je planifie tout aussi vite, muant mon investissement dans le match à la mesure des coups échangés. Je joue peut être aux aveugles, je dandine un peu, laissant l’illusion d’être dupe à tes balancements meurtriers. Regarde bien et tu verras que j’enregistre chacun de tes mouvements, même ceux en apparence insignifiants. Mon radar, ou 7eme sens si tu veux, les capte et s’y concentre bien plus que tu ne croirais. Je ne me fais pas d’illusion sur l’issu du match! Allons donc! A trois tours, deux déclarées si tu préfères, je découvre bien mon adversaire. Me crois-tu aussi dupe? Allons donc! Toute délicatesse a fui une fois que me voilà sur ce ring. J’aurais préféré éviter le duel et continuer mon bonhomme de chemin dans le calme et la sérénité. Les combats à mains nues n’ont jamais été mes préférés. Je n’en ai jamais apprécié les intrigues et les tournures malsaines. Mais fallait bien relever le défi non? Ne te méprends pas! Loin de moi tout sentiment d’appartenance ou de vengeance! Je le fais avant tout pour moi! J’ai tant encore à apprendre avant de clore mon périple et j’ai décidé depuis peu que tout était un maître et tout renfermait une leçon de vie. A chacun ses choix et ses priorités n’est-ce pas?

Et vlan!!! Ouch! Je l’ai senti celui-là! Totalement inattendu, sournois, avec assez de puissance pour me faire passer par-dessus les lignes! Hé Non! Je ne suis pas au sol. Tu ne m’y trouveras pas. Tu n’auras pas ce plaisir. J’ai craqué au premier coup, n’ayant pas assez bien analysé la situation, me laissant berner dans la fausse sécurité de mon importance malgré les signes. Je me suis fourvoyée au deuxième coup, laissant voir mes faiblesses et du coup mon ouverture sur le flanc offert par inadvertance. Vas-y! Moque-toi donc d’avoir su déjouer ma vigilance. Je n’ai pas encore dit mon dernier mot! Que t’avais-je dit déjà de mon fameux radar, tourné en ridicule parce qu’inimaginable, jugé caprice de novice? Tu ne t’attendais pas à ce revers de médaille au troisième coup. Je te partage un secret: moi non plus! J’ai même été plus choquée que toi. Je ne me vanterai guère d’avoir su poser les questions qu’il faut avant cette montée inespérée sur le ring. A quoi cela pourrait-il bien me servir?

Je sais bien qu’une interruption du match joue en ta faveur. Sois prudent cependant! Je n’ai pas déclaré forfait, ne savoure donc pas si vite ce semblant de victoire! Tu as beau être expert en ce genre de duel, rappelle-toi que tes cartes sont comptées. Ce n’est guère une menace! Comment oserais-je! Je ne me serais pas permis d’imposer ma loi à un vétéran. Ce n’est autre qu’un constat!

Alors prêt pour le dernier round? Car celui que nous jouons en ce moment est bien le dernier. Tes choix sont clairs: dresser le drapeau blanc, ou être mis KO. Fais bien ton choix! Et bonne chance!

Maralya ou une vie gachée

Elle porte un nom relativement hors du commun. Née et ayant grandi dans un trou perdu, elle n’a rencontré que 3 autres personnes portant un prénom plus ou moins rapproché du sien. Mais pour ce qui est du patronyme, ça se retrouve à tous les coins de rues. Maralya Jean. Eh oui! Banal! Banal au point d’être insultant.

En plein là trentaine, elle brûle d’une rage trop longtemps contenue. Cela fait déjà 6 nuits qu’elle pleure sans arrêt. Chaque nuit, entre les quatres murs de cette chambre qu’elle va devoir laisser, dans le silence complice d’un oreiller à défaut d’une oreille. La vie lui a bien appris à pleurer en silence et ce fort tôt! Mais là, elle est colère! Ses larmes vont beaucoup plus loin que sa peine.

Elle est en colère…

… Contre sa mère pour s’être fait engrossée par un idiot qu’elle a en plus eu l’audace d’épouser fort tard par pure “religioserité”.
… Contre elle-même pour s’être laissée embobinée quasiment de la même manière par des moins-que-rien.
… Contre son travail lui rapportant plus d’angoisses que de bien-être. N’étant pas des adeptes du commerce de chair et en plus ayant eu la malchance de tomber sur des omnivores, Maralya n’a pu “percer” comme on dit, ni faire usage de son plein potentiel. Elle se retrouve donc coincée dans un entre-monde, une brèche entre pauvreté et décence.
… Contre les professeurs faisant du bourrage de crâne, répetant à tue-tête que les diplômes sont la clef du succès… le succès! Mais quel succès!
… Contre cette proprietaire faisant des exigences absurdes, la poussant à nouveau à des choix improbables.
… Contre ces amants, plus destructeurs les uns que les autres et à qui elle s’est donnée aveuglément dans sa quête d’une raison d’être, sa quête d’une acceptation inconditionnelle… quel gachis!
… Contre les circonstances l’ayant placée là, dans ce tier monde putride, ne demandant qu’à crouler sous le poids des violences journalières. Ces circonstances la limitant, lui voilant la face, sappant ce qui lui reste de jeunesse à grands coups de pompe, chaque année disparaissant avant même d’avoir commencé…
… Contre ces politiciens verreux, pourris jusqu’à la moelle, n’entendant que leurs propres echos et s’arrachant les sous d’une population encore plus ignoble qu’affamée…

Elle est en colère…

Assise sur son lit par cette chaleur torride malgré l’heure fortement tardive, elle laisse son esprit vagabonder et ses larmes couler, sinon elle risque fort de s’étouffer. Elle n’a pas d’amis à qui conter ses peines. Les quelques connaissances qu’elle ose hisser au haut de ce mat ont mieux à faire que de s’embarrasser avec les balivernes de son existence si peu attrayante, si peu “à la mode”. Faisant partie de cette engeance anti-sociale comme on dit, elle n’a que plume et papier pour la retenir sur les rives de la raison… Plume et papier pour hurler sa peine, sa rage, ses angoisses, ses peurs. Plume et papier… et la nuit! Oui la nuit! Car le jour, il lui faut bien jouer son rôle, sourire, rire même et prétendre être l’image de l’insouciance et du parfait contrôle de soi…

Quelle hypocrisie que cette vie! Mais elle doit bien s’y faire! S’adapter à son rôle, jouer sa partition et… attendre la fin! N’est-ce pas ce qui est inscrit dans le script de chaque être assez bête pour paraitre sur terre et encore plus bête pour naitre, grandir et rester dans ce coin de monde…

Jeune mariée, un jour quelconque

Florence se regarde à travers la vitre de la voiture. Elle sourit à un quelconque souvenir lui venant en mémoire. La vie pouvait effectivement être belle.

Elle avait laissé Haïti pour poursuivre ses études à l’étranger, décroché un époux en même temps que son diplôme, mis au monde une mignonne petite poupée que ses proches idolâtraient presque, vivait une existence de rêve dans un pays devenu sien… Que pouvait-elle vouloir de plus ? Des amis ? Elle en avait. Elle était même douée pour en avoir. Pas de soucis financiers, à peine quelques divergences avec la belle mère… tout allait pour le mieux.

Pourtant… Eh oui pourtant des fois en plein cœur de la nuit, elle observait cet époux endormi, regardait cette dame qu’en apparence elle était et se reconnaissait à peine. Elle ne saurait vraiment dire ce qui n’allait pas. Elle le sentait tout bonnement. C’était là dans l’ombre que cachait son regard… là dans cette angoisse latente la dévorant dans ses instants de solitude. Là quand elle se retrouvait sur ce highway, vide à cette heure du jour, filant à toute allure vers une destination qu’elle voudrait inconnue…

La vie pouvait vraiment être belle… Belle et cruelle à la fois… Belle et ironique… Autant continuer sa route. Cette pause « mentale » ne servirait à rien. Affichant un sourire, tournant la radio, pied sur l’accélérateur, elle poursuit donc sa route où que cette dernière la mènerait.

Jungle Déclarée (suite)

Je me suis rendue compte hier que dans mon précédant texte sur les beautés de la conduite automobile en Haiti (Jungle Déclarée), j’avais omis (grave erreur de ma part, veuillez m’en excuser) un personnage assez énervant et traumatisant, provoquant chez moi une révolte sans pareille. Avant d’entrer d’emblée dans le vif du sujet, je vous résume les autres “têtes pensantes” des rues:

  1. Les chauffards (catégorie générale)
  2. les chauffeurs de camionette (pour les non-habitués, transports publics)
  3. les motards
  4. les plaques “Officielles”
  5. les “Ti-Joel”
  6. les bus
  7. les super piétons
  8. les tout-permis

Maintenant que le rappel est fait, venons en au fait: Les Camions ou plutôt de manière générale les fameux poids lourds. Cette gente constitue une plaie faramineuse pour toute personne assez courageuse ou folle pour prendre le volant. Mais vraiment! Cette engeance mériterait d’être enfermée tout bonnement pour entrave à la vie publique. Ils se pointent n’importe comment dans n’importe quelle rue, à n’importe quel carrefour, se foutant pas mal de qui ou quoi pourrait se trouver sur le passage. Usage à outrance du klaxon, ignorance totale de toutes règles de conduite, absence générale de manière, et en plus ils vous font des signes comme s’ils essayaient de se débarrasser de mouches gênantes.

Pendant qu’on y est, faisons un recul et passons un peu en revue le fameux personnage #4 plus haut mentionné. Je me suis posée une question dernièrement et je suis presque certaine de ne pas être la seule. Existe-t-il un recrutement particulier pour ces énergumènes? Aurait-on mis dans l’annonce “personnes sans principes, bourrues, faisant fi des moindres normes de politesse, ne sachant reconnaitre l’emplacement des freins dans un véhicule, toujours pressées et prêtes à tout, gonflées à bloc dans leur superbe, et à même de s’égosiller sans gêne, sans retenu et sans aucune logique pour donner des leçons sur les “attitudes” à avoir au volant quand on rencontre les altesses sérénissimes aux vitres tintées”? Vraiment ce serait une question urgente à poser. J’admet volontiers avoir rencontré quelques rares perles d’humanité (mais rares, vraiment RARES) se retrouvant, situation oblige, dans ce groupe #4. Ce n’est d’ailleurs que par rapport à ces perles rares que j’ose croire (ou plutôt espérer) qu’un changement est encore possible. Mais bon… Ce ne sera pas pour bientôt!

Imaginez un peu le scenario. Vous arrivez à un carrefour et en personne logique vous ralentissez, anticipant qu’une voiture étant une “chose” donc susceptible de causer problèmes, un pépin peut se produire surtout quand un fou tente de se glisser en faisant marche-arrière en plein milieu d’un embouteillage à une heure de pointe. Et là, sortant de nulle part, sa majesté, véhicule entièrement noire s’amuse à vous casser les oreilles avec son alarme parce que c’est à vous, oui VOUS de reculer pour la laisser passer. Pas au mec faisant l’idiot là, surtout pas! Mais Vous! Pour clore le tout, son bouc-émissaire (je tiens à rester polie là), vous hurle à plein poumon que vous auriez du vous incliner respectueusement, faire marche-arrière sans prendre le temps de constater qu’un autre de ses semblables vous bloquait la fameuse marche-arriere réclamée. Beau tableau n’est-ce pas!

Si vous ne l’aviez pas encore deviné, je vous le dis: Suis aussi agacée que lors de la redaction du premier texte. Mais bon! Je ne fais de tord qu’à ma santé direz-vous. Alors bonne chance à vous dans cette jungle! Et lorsque vous rencontrerez pareil phénomène, ne dites surtout pas qu’on ne vous avait pas prévenu!

Chauffeur de taxi, un jeudi matin

Il se nomme Sorel. Maigre comme un clou, figé tel un automate derrière son volant, on le croirait presque devenu robot; mais la culture du fantastique aidant, on le prendrait plutôt pour un «zombi» au service d’un quelconque richard envoyé pour sa tournée du jour.

La peau très noire, presque sale, on y devine des signes de malnutrition. Les joues creuses, osseuses, il semble rattaché à son véhicule comme un cœur aux veines du corps. Il bouge machinalement, tournant à peine la tête, sa voix caverneuse le reflet attendu de sa personne. Il gronde plus qu’il ne parle, n’haussant même pas le ton.  Il fait partie de ses personnages d’outre-tombe dont on ferait bien usage dans les films d’horreur.  Habitué à son rôle, il ne peut rester enfermé dans un chez-soi assurément aussi médiocre que l’est son véhicule poussiéreux, à l’intérieur amoché, nécessitant autant que son maitre un repos bien mérité.

Sorel… Je ne le reverrai probablement jamais, mais il a marqué ma journée. Ils sont si nombreux à se retrouver coincer dans les rouages de l’existence, si nombreux à être déjà morts bien que respirant encore… Est-ce la faute au destin? la faute aux croyances? la faute  à l’existence même, ou simple malchance? Qui sait! Peut être un jour y aura-t-il quelqu’un qui prendra assez de recul pour analyser le phénomène… Entretemps… Des “Sorel”… Il y en a à chaque coin de rue.

Jungle déclarée

Conduire dans mon pays n’est pas qu’une affaire de déplacement. C’est de l’acrobatie mobile. Mon pays, Haiti, est une jungle quasi déclarée où chacun fait selon son bon vouloir sans égard pour la personne à côté, sans même penser aux conséquences possibles non seulement pour soi, mais pour l’autre, à court et/ou à long terme. Conduire en Haiti, c’est comme monter sur un ring de boxe avec en face non pas 1, mais une multitude d’adversaires de natures différentes.

Afin de vous aider à vous retrouver, ci-après vous trouverez un semblant de présentation de ces phénomènes extraordinaires rencontrés dans l’arène que représente la circulation routière.

Adversaire #1 – Les chauffeurs ou plutôt les chauffards. Oui, je sais ! C’est plutôt vaste comme appellation. Mais vous allez comprendre tout de suite pourquoi cette généralité et ce qu’elle renferme.

Cette catégorie, comme le nom l’indique, implique toute personne se trouvant derrière un volant par le fruit du hasard. Eh oui ! Il existe de ces veinards qui par un miracle de l’existence se retrouve capitaine d’un 4×4 voguant sur la mer houleuse des rues de Port-au-Prince. Ils sont relativement faciles à identifier : conduite maladroite, clignotant gauche allumé pour tourner à droite, trottoir en danger de déplacement, car il semblerait qu’ils aient un tic pour rouler quasiment à même le trottoir, main coincée sur le klaxon parce qu’il faut en plus qu’ils attirent l’attention et prouvent leur habilité de musicien en klaxonnant à tout bout de champ même pour laisser traverser un chien.

Adversaire #2 – Passons à présent aux choses un peu plus sérieuses. Les chauffeurs de camionnette. Pour les non encore habitués à la vie haïtienne, cette catégorie renferme ceux de qui dépend la vie de tout piéton. Ils se caractérisent particulièrement par les singularités suivantes :

  • véhicule en mauvais état laissant dégager des nuages aussi noirs que puants à chaque petit coup d’accélérateur ;
  • obstruction de la circulation pour laisser monter ou descendre des passagers en coup de vent, risquant ainsi que les jeter sur la chaussée ;
  • aptitude à s’infiltrer dans tout petit espace entre deux autres véhicules même si cet espace est trop « petit » pour absorber leur dimension ;
  • impatience chronique dans les embouteillages causant encore plus d’embouteillages
  • tendance atroce à se frotter à d’autres véhicules pour leur laisser les petits baisers d’amour provoqués par leurs « défenses » en fer monté

Adversaire #3 – Ce dernier est apparu il y a quelques années et prend de l’envergure dans l’arène. Il fait trembler plus d’un et en a envoyé pas mal à l’hôpital ou à la morgue. Les motards. Attention ! Il faut vraiment faire preuve de retenue pour contenir l’envie dévorante de leur foncer dessus en prétextant être aveugle. Ils s’infiltrent partout, mais vraiment partout : entre les véhicules, sur les trottoirs, près des trous d’échappement, en sens contraire, dans les petites « lunettes » (petit espace à peine visible et quasi non existant dans les embouteillages) ! Encore un peu et ils s’accrocheront un jour aux vitres des véhicules ou même vous grimperont tout bonnement dessus dans leur constant élan d’aller plus vite. Leur mot d’ordre semble être « jouer aux fous du volant ».

Adversaire #4 – Les habitués les attendaient ceux-là. Les véhicules ayant la fameuse plaque « Officielle ». Ces fameux…. Ils se passent de présentation, mais essayons quand même ! Toujours pressés, gyrophare bloqué, ils écrasent tout et tous sur leur passage. Vous ne pouvez les rater !

Adversaire #5 – Les « ti joel » ou pour les non-initiés, ceux qui traversent les rues comme des bambins courant en plein champ de blé. Vous voyez le genre ? Alors gardez le pied le plus près possible des freins pour ne point être victime d’attaque cardiaque au cas où surgirait sur votre route un petit chevreau de campagne.

Adversaire #6 – Erreur cruciale que d’oublier les chauffeurs de bus ! Dans les pays développés l’on trouve des TGV., mais en Haiti, on trouve des BGV, bus à grande vitesse. Les freins semblent ne pas exister pour ceux-là. Ils sont une fusion parfaite des adversaires 1, 2 et 3. Vous êtes maintenant édifiés ! Alors à bon entendeur….

Adversaire #7 – Comment oser oublier les « Super Piétons » qui, au contraire des « Ti joel », se prennent pour des véhicules sur pattes, s’estimant de la lignée de « Bob l’Eponge » pouvant donc reprendre forme si jamais ils seraient heurtés par un véhicule en marche. Ils sont d’ailleurs les premiers à monter sur leurs grands chevaux, lançant des phrases du genre « ou kwè ou tap ka jere konpa sa a » ou encore « se pouw te frape m pou wè ! ou tap oblije vann tèt ou pou w jere dosye sa a ». Comme l’a mentionné quelqu’un, ces discours ne valent pas leur pesant d’or quand on est mort.

Choisissons une figure locale et faisons de l’humour : ils se prennent pour des natifs de Côtes-de-Fer, ayant des côtes en fer, donc ne pouvant être affectés par quelque chose d’aussi ridicule qu’un véhicule à moteur pesant vingt fois plus lourds que leur petite personne. Mais bon ! La logique n’étant pas donnée à tous, prenez les mesures qu’il faut.

Adversaire #8 – Le Tout-permis. C’est un adversaire de taille celui-là : celui qui a un nom, de l’argent et une grosse voiture. La courtoisie pour lui n’est que faiblesse et l’apanage des moins fortunés. Il s’attend à ce qu’on le laisse toujours passer, sans un signe de remerciement.  Il a aussi le droit de se comporter comme l’adversaire #2… Il est tellement important qu’il ne peut pas attendre…

Il existe certes de ces autres adversaires non répertoriés ici. Nous ne prétendons guère à une présentation exhaustive, car cela exigerait un niveau d’expertise que nous ne possédons encore. Nous espérons cependant que ce petit registre vous aidera à vous retrouver et à vous sentir moins bête et perdu si jamais l’envie vous prenait un jour de surfer au volant dans les rues de Port-au-Prince.

MOTION

Une petite motion particulièrement pour les dames. Etant moi-même une femme, croyez bien que je ne saurais être sexiste. Mais je dois absolument souligner le point ci-après : un air jeune et un visage d’ange ne vous épargneront pas de la brutalité gratuite de certains conducteurs. Bien au contraire! Il vous faudra des fois vous faire pousser des couilles comme on dit pour faire face à la tempête des rues.

Et voilà ! Tout est dit, ou presque. Alors, si vous ne pouvez pas vous armer de courage, d’une bonne dose d’audace et de nerfs d’acier, un conseil, évitez le volant! Vous vous épargnerez bien des soucis et des angoisses inutiles.

Au dela des interlignes

Savannah…

Elle s’appelait Savannah… Enfant illegitime … Elle savait… Oui elle savait bien ce que c’était…

Le regard perdu, sa main caressait le papier comme ses souvenirs d’un temps eloigné ne demandant qu’à être explorés…

Elle avait porté “son” enfant….

… C’était peut être pas voulu, mais c’était accepté. C’était pas la grande joie qu’elle aurait esperé… Par contre… elle ne sait trop… Au fond, ça lui fait plaisir, mais un plaisir incomparable… quelque chose de vraiment, totallement inexprimable… elle ne pense avoir jamais ressenti pareille émotion…

C’est bien domage… peut-être… peut-être que si elle avait gardé silence tout se serait bien passé. Peut-être que si elle s’était tu, si elle n’avait mis personne au courant, si même lui n’avait été au courant, peut être que cela se serait passé differemment…. mais les circonstances, ses mots à lui, ses maux à elle, tout ça… non… tout ça ne saurait se passer sans laisser de traces…

… Aujourd’hui elle aurait eu son enfant, elle aurait été mère officiellement… Pourtant aujourd’hui elle ne fait que pleurer la mort d’un inconnu pourtant si intime, pleurer un espoir déçu, un rêve gaché, une émotion perdue… elle aurait eu son enfant… “son” enfant… “leur” enfant, fruit défendu, fruit inconnu, fruit totallement caché d’un amour inavoué… mais bon … cela ne devait être…

Sa main trembla, une larme glissa et s’écrasa sur la feuille, faisant au contact de l’encre une image floue pareille à ce qu’elle ressentait. Thérapie disait-on? Mais cela ne pouvait lui faire oublier le vide… Un vide… un vide épais, lourd, écrasant… un vide qu’elle portait seule, au fil des jours, uniquement soulagé par ses quelques crises en solitaire… Ces crises silencieuses qui la prenaient en pleine nuit quand le monde semble dormir. Elle s’en remet petit à petit… le fait même de pouvoir le dire en est un signe.

Il l’avait bien prédit… Un jour elle aurait à “écrire” de lui… Un jour, ce serait plus fort qu’elle… Involontairement… Inconsciemment…

… Le papier oublié, le regard perdu, elle rêve donc d’un temps qui n’est point et jamais ne sera… le rêve d’un rêve voué à l’au dela.